Le diable tout le temps – Donald Ray Pollock

le diable tout le tempsIL est des livres qui ne laissent pas tout à fait indemne, d’autres qui arrachent une larme et d’autres qui vous font dire que « oh non, jamais au grand jamais je n’irai au fin fond des États-Unis, genre dans l’Ohio ». Le diable tout le temps appartient à la dernière catégorie. Jamais je ne mettrais les pieds dans l’Ohio, terre de Donald Ray Pollock et de tous ses personnages tous plus tarés les uns que les autres.

Il y a ce mari qui voyant sa femme mourir doucement se lance dans des prières extatiques et des sacrifices (d’abord animaux, mais il ne s’arrête pas en si bon chemin), le tout sous le regard de son jeune fils. Il y a cette femme qui fût vaguement jolie un jour et aujourd’hui en couple avec un photographe au hobby si peu moral (message à l’attention des futurs voyageurs: ne faites pas d’autostop!), il y a ce flic véreux jusqu’à la moelle; il y a Roy et Théodore, médiocres prédicateurs; il y a un pasteur plus intéressé par les très jeunes filles que par ses sermons et bien d’autres encore. Une panoplie de personnages aussi peu ragoutants les uns que les autres.

Mais plus que les personnages, une question m’a taraudée tout au long de ma lecture: « mais pourquoi je continue à lire ces horreurs? »  Surement parce qu’il est diablement bien écrit. Parce que deux/trois personnages ne sont pas aussi mauvais que les autres, qu’ils ont tout simplement tirés les mauvaises cartes. C’est un des plus grands romans que j’ai pu lire ces derniers mois et sans doute possible, le plus étonnant.

A noter, le parcours original de Donald Ray Pollock devenu écrivain sur le tard. Né en 1954, il a d’abord passé 32 ans dans une papeterie avant de suivre des cours d’écriture à l’université. Ce n’est qu’en 2008 qu’il publie son premier recueil de nouvelles qui sera très bien accueilli. Le Diable tout le temps est son tout premier roman.

Lisez le vite!

Cécile.

Le diable tout le temps de Donald Ray Pollock traduit de l’anglais par Christophe Mercier, aux éditions Albin Michel en mars 2012. Meilleur livre de l’année 2012 par le magazine Lire. Grand prix du roman policier 2012.

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Une histoire de tout ou presque… – Bill Bryson

une histoire de tout ou presqueSavez-vous qu’on n’est même pas sûrs que Lucy était une femme? Que « la pousse de la barbe d’un homme est partiellement fonction de son intérêt pour le sexe »? Que « si l’on marche une centaine de mètres à travers le brouillard, l’on n’est en contact qu’avec un peu plus de 9cm cubes d’eau – pas assez pour remplir un bon verre »?

Une histoire de tout ou presque raconte comment les scientifiques au fil de l’histoire ont découvert ce que l’on sait aujourd’hui : naissance de l’Univers, âge et taille de la Terre, découverte des ossements de dinosaures, de l’infiniment petit, avancées de la géologie, de la météorologie, naissance de la vie, théorie de l’évolution, apparition des premiers hommes…

Et il le raconte, vraiment : c’est facile à lire, même avec seulement de très vagues souvenirs de cours de sciences, c’est vivant, plein d’anecdotes, de portraits de scientifiques… J’ai trouvé passionnant de voir les évolutions de la science, de me rendre compte que ce qu’on a appris à l’école comme des faits avérés, immuables est le fruit de plusieurs siècles de recherches et de lutte entre chercheurs partisans de théories opposées. Et de voir combien on en sait encore peu…

So.

Une histoire de tout ou presque… de Bill Bryson, traduit par Françoise Bouillot, éditions Payot. Prix Aventis 2004 du meilleur livre de vulgarisation scientifique.

La grande Odalisque – Bastien Vivès, Jérôme Mulot, Florent Ruppert

la grande odalisqueMéfiez-vous sous le vernis à ongle se cachent de grandes voleuses!

Alex et Carole sont de grandes voleuses, très réputées dans le milieu. Après un vol réussi au musée d’Orsay, elle s’attaque à beaucoup plus gros: La Grande Odalisque d’Ingres au musée du Louvre. Pour arriver à leur fin, elles doivent s’associer à Sam pour pouvoir pénétrer dans un des musées les mieux gardés au monde. Leur vie professionnelle est bien remplie et pourtant, les jeunes filles doivent aussi compter sur leur vie personnelle bien compliquée: comment gérer une rupture en plein cambriolage par exemple?!

Les fans de Cat’s Eye remarqueront bien vite la ressemblance entre nos trois voleuses et les trois sœurs du manga/animé japonais. Humour plutôt similaire, mais morale beaucoup moins présente. Ici, les trois jeunes filles cambriolent pour le plaisir, certes, mais surtout pour l’argent.

On reconnait bien le trait de Vivès avec ses personnages aux visages si expressifs, je découvre par contre Mulot et Ruppert. Et la question que je me pose: qui a peint ces magnifiques planches représentants le Musée du Louvre ou le Musée d’Orsay?

C’est un album agréable à lire, drôle, mais pas non plus un gros coup de cœur.

Le meilleur Vivès reste pour moi Dans mes yeux (KSTR, 2009), et puis c’est tout!

Pour info, La grande Odalisque fait parti de la sélection du 40e festival de la bande dessinée d’Angoulême.

La grande Odalisque de Bastien Vivès, Jérôme Mulot et Florent Ruppert paru aux éditions Dupuis dans la collection Aire Libre en septembre 2012.

Viviane Elisabeth Fauville-Julia Deck

Viviane Elisabeth Fauville de Julia DeckViviane Elisabeth Fauville est une petite bourgeoise parisienne, mère d’un enfant en bas âge, qui vient d’être quittée par son mari, tout aussi bourgeois qu’elle. En prenant quelques affaires dans son ancien chez elle, elle récupère un lot de couteaux, offerts par sa mère pour leur mariage. Elle a laissé à son mari l’appartement, elle ne va quand même pas lui laisser les couteaux également!

Elle part ensuite chez son psy. Psy au regard vide de psy. Psy aux expressions de psy. Psy qui ne résout pas ses problèmes. Psy qui la met hors d’elle. Alors elle le tue, le psy. Paf. D’un coup de couteau. Les beaux couteaux, cadeaux de mariage servent enfin. Elle rentre chez elle, nourrit sa fille. Sans vraiment se souvenir de ce qu’elle vient de faire.

Ce roman explore la folie. Celle d’une femme qui sombre, qui se perd, ne sait plus qui elle est, ce qu’elle est, ce qu’elle a fait. Qui confond passé et présent. C’est un roman étrange, à l’écriture originale (le mélange des pronoms est particulièrement perturbant, mais à l’image du personnage principal, multiple) qui nous perd. Rien est simple ici. Surtout pour moi, habituée à des romans plus « faciles », linéaires. La lecture devient alors moins un plaisir qu’un exercice (pourtant le roman est très très court!). C’est peut-être pour ça que je n’ai pas particulièrement accroché. Je suis restée en dehors de cette folie.

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck paru aux Editions de Minuit en septembre 2012

Déclaration d’anniversaire – Eléonore Cannone

déclaration d'anniversaireC’est l’anniversaire d’Aurélien. Ce soir, il va fêter ses 17 ans avec ses mères, son oncle et la nouvelle copine de ce dernier, le tout sous l’œil attentif de Milfred, le chat de la famille. C’est une famille ouverte, tolérante, où l’on aime discuter et débattre, et pourtant Aurélien, qui a une annonce à faire, a très peur de la réaction de ses mères.

Ce roman polyphonique dresse un joyeux portrait de famille, où tous les personnages, chat compris, interviennent tour à tour pour donner leur vision de la journée puis de la soirée. En toile de fond, l’homosexualité et l’homoparentalité ne sont pas le sujet du roman, mais sont traitées par différents flashback.

Assez court, rythmé par les changements de narrateurs, avec une pointe de suspens (quelle est donc cette nouvelle qu’Aurélien redoute tant d’annoncer?), ce roman est facile à lire, et traite avec humour de la tolérance et des préjugés. Je l’ai quand même refermé en regrettant que tout y soit un peu trop facile, trop idyllique…

Ce roman a aussi été pour moi l’occasion de découvrir Océan Editions, une maison d’édition basée à la Réunion, qui publie des livres sur l’ile de la Réunion, mais pas seulement.

So.

Déclaration d’anniversaire d’Eléonore Cannone, Océan éditions, collection Océan Ados, février 2012.