Au bout du rêve – Sarah Dessen

Au bout du rêve-sarah dessen

On se réveille là dedans! Oui, mais en douceur…

Lire un Sarah Dessen, c’est un peu comme manger un bonbon. C’est agréable et doux. C’est un peu la honte.

Mais pas que. Ce sont aussi des histoires de jeunes filles paumées, solitaires ou en prise avec des problèmes familiaux très concrets et qui tentent de s’en sortir souvent grâce à une rencontre qui bouleverse leur quotidien (ah! l’amour!). J’avais adoré ses premiers romans, après bien entendu, je me suis un peu lassée, mais je n’en ai raté aucun. D’abord, parce que j’aime bien les douceurs et ensuite parce que la question qui m’est le plus souvent posée dans mon travail c’est: « Madame, je voudrais un roman facile ». Facile est à 90% synonyme d’à l’eau de rose, mais la lectrice (soyons sexiste dans ce cas là) n’ose pas le dire. Et donc, c’est tout de suite plus convivial quand on peut conseiller quelques livres qu’on aime et qu’on a lu à ces personnes là. Une des conséquences directes: c’est qu’elles reviennent!

Bref revenons à nos moutons ou à nos rêves plutôt. Après la lecture de la moitié du roman, j’avais décidé d’en rester là. L’histoire de cette jeune fille en admiration devant sa grande sœur parfaite (mais qui a pété un plomb) m’ennuyait. Elle rencontre bien entendu un jeune homme pas très fréquentable mais tout de même, très beau, très doux et original avec ça. C’était trop gnian-gnian, trop à l’eau de rose, trop facile. Mais bon, un matin, en pénurie de livre, j’ai du me contenter de ce roman pendant mon heure de transport… Et là, la claque.

Je n’en dirai pas plus. Mais sachez que je conseillerai ce roman à la pelle. Bien entendu, ce n’est pas de la « grande » littérature littéraire intellectuelle. Mais c’est efficace. Terriblement efficace. Et extrêmement réaliste finalement. A conseiller aux jeunes filles à partir de 15 ans et jusqu’à 45-50 ans!

Au bout du rêve de Sarah Dessen publié chez Pocket Jeunesse (hé les gars, quand est-ce que vous ferez des couvertures moins moches?), mai 2013.

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La tournée d’automne – Jacques Poulin

La tournee d'automneLes gens l’appellent Le Chauffeur. Il conduit un bibliobus, un ancien camion à lait bricolé pour recevoir des étagères, un lit et un coin cuisine, à bord duquel il parcourt deux fois par an une partie du Québec. Il s’apprête à partir pour la tournée d’automne, sa dernière tournée : il n’est plus tout jeune… Quelques jours avant son départ, il rencontre une troupe de musiciens, venus de France pour une tournée québécoise. Il sympathise avec Marie, et les membres de la fanfare, qui ont envie de visiter le Québec avant de rentrer, décident de louer un bus pour l’accompagner dans sa tournée.

C’est un roman tranquille et chaleureux, le genre à lire sous un plaid quand le vent souffle dehors… La description des paysages québécois m’ont donné envie de partir illico en voyage là-bas, le fonctionnement de ce bibliobus envie d’accompagner le chauffeur dans ses tournées!

Et c’est quand même pas courant, un roman sur un bibliobus!

La tournée d’automne de Jacques Poulin, Babel, 1996.

So.

Et devant moi, le monde – Joyce Maynard

Et devant moi le monde Joyce MaynardComme beaucoup, j’ai lu L’attrape Coeur de J. D. Salinger. Mais contrairement à beaucoup (ça reste quand même à prouver!), ce court roman ne m’a pas bouleversé. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, à m’intéresser à ce jeune garçon, Holden, qui, dans mes (très vagues) souvenirs est complètement paumé et vit des dizaines de choses en une seule nuit.

Le rapport entre J.D. Salinger et Joyce Maynard? Ils ont longuement correspondu et à peine sortie de l’adolescence elle a fuit Yale et une route toute tracée pour vivre avec lui.

Mais revenons un peu en arrière. Les Maynard ont deux enfants: Joyce et Rona. Le père est un peintre sans succès, professeur de littérature. La mère se rêvait enseignante dans les grandes universités américaines, mais la réalité sexiste de son époque la relègue à la maison comme journaliste dans les revues féminines. Là où les parents ont échoués, leurs enfants réussiront. Les deux sœurs sont constamment stimulées pour devenir de grandes intellectuelles. Très jeunes,  les deux soeurs remportent des prix d’écriture et publient dans les journaux. C’est ainsi que Joyce Maynard, en 1972, en première année à Yale publie dans le New York Times magazine un article sur la jeunesse américaine du début des années 70 intitulé: An 18 year old looks back on life.

Après la publication de l’article, elle reçoit des centaines de lettres d’insultes, mais aussi de compliments. Parmi ces dernières, figurent celle de J. D. Salinger, auteur de L’attrape coeur (1951), homme étrange qui vit reclus à Cornish dans le New Hampshire. Commence alors un échange épistolaire entre Joyce, adolescente fragile mais ambitieuse et Salinger, homme de 55 ans, légèrement paranoïaque et manipulateur. Pour lui, Joyce Maynard va abandonner l’université, se réfugier chez lui et se couper peu à peu du monde. Quelques mois plus tard, Salinger la met brutalement, à la porte.

On ne peut pas dire que Joyce Maynard ait eu une enfance ou une adolescence banale. Bien au contraire. Mais sa vie d’adulte non plus n’est pas des plus réjouissantes. Bref, cette biographie n’a rien de gaie. Et pourtant, il en ressort quelque chose de très positif. Elle pose un regard apaisé sur son passé. Le parcours de cette femme m’a particulièrement touchée. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Surement parce qu’elle est touchante, que son écriture est fluide, sans pathos. Il y a également, en arrière plan, la description de cette jeunesse américaine désabusée, prises entre le carcan familial traditionnel et sa volonté d’en sortir.

Et pour finir, il y a le titre français: « Et devant moi, le monde » que je trouve (stupidement?) magnifique. Il décrit tout à fait la manière dont je vois l’avenir. En espérant que le mien soit moins sombre que celui de Joyce Maynard.

Et devant moi le monde de Joyce Maynard aux éditions Philippe Rey

Cécile

Ambiance islandaise : La rivière noire

Quand je voyage à l’étranger, j’aime bien lire des romans d’auteurs du pays en question, histoire d’être bien dans l’ambiance. Pour notre voyage en Islande, j’avais donc dans mes bagages La rivière noire d’Arnaldur Indridason, L’embellie d’Audur Ava Olafsdottir, et L’ange du matin d’Arni Thorarinsson.

9782356412751.inddJ’ai testé avec La rivière noire le livre audio, une première pour moi. On a beaucoup roulé et c’était agréable d’écouter cette histoire dans la voiture, et notamment d’écouter à 2 en même temps la même histoire – quand on lit un roman, on est chacun de son côté!

Je n’aime pas les livre qui font peur ni les ambiances glauques, et du coup je lis rarement spontanément un polar. Il se pourrait que je change désormais d’avis…

Un jeune homme est retrouvé égorgé dans son appartement, ne portant qu’un Tshirt de femme, et du Rohypnol (la fameuse drogue du viol) dans la poche de sa veste. Personne ne semble bien le connaitre et tout ceux qui le côtoyaient dressent le portrait d’un homme charmant. Mais nous savons, nous lecteurs ou auditeurs, ce qu’il s’apprêtait à faire le soir où il a été tué, grâce à la première scène du roman… L’enquête n’est pas menée par Erlendur, mais par sa perspicace collègue Elinborg, assistée de Sigurdur Oli, que l’on a déjà croisé dans d’autres romans d’Indridason, et c’est agréable de retrouver et de mieux connaitre ce personnage. Parallèlement à l’enquête, on la suit en effet dans son quotidien, ce qui allège aussi un peu l’ambiance.

L’enquête est bien menée, avec ce qu’il faut de fausses pistes et de rebondissements (et sur un CD, on peut pas visualiser le nombre de pages qu’il reste et si on est près ou non du dénouement!). Bref, on a passé un bien bon moment en compagnie de ce CD. A peine rentrée de vacances, je me suis d’ailleurs plongée dans un autre roman d’Indridason, La voix, pour retrouver Elinborg, Erlendur et l’Islande…

La rivière noire d’Arnaldur Indridason, lu par Jean-Marc Delhausse, traduit de l’islandais par Eric Boury. Editions Audiolib, 2011. Egalement paru en version « papier » chez Métaillé.

So.

Sylvain Tesson en 3 récits

 Je suis liée à SPetit traité sur l'immensité du mondeylvain Tesson depuis 8 années et je dois avouer que c’est le seul auteur vivant qui me donne cette joie de lire sur une si longue période. Je l’ai découvert avec Petit traité sur l’immensité du monde, et moi qui voyageait encore beaucoup en avion à l’époque pour  découvrir de nouveaux horizons  je me suis sentie toute drôle en lisant cet homme, de ma génération, parisien de naissance, qui écrit ce qu’il vit, la marche lente à travers une région, des montagnes, un désert. Certes il prend parfois le train, le cheval ou le vélo pour se déplacer mais ce sont surtout ses jambes qu’il actionne et son cœur qu’il met au rythme de ses escalades pour avancer sur une terre qu’il aime. Il évoque dans ce petit traité l’image du Wanderer chère à Goethe, celui « que nul lien n’attache, capable de répondre à l’appel du dehors sans accorder uDans les forets de Sibérien regard à ce qu’il abandonne ».

Pour me consoler de ne pas réussir à tout abandonner, j’ai lu son récit de six mois passés dans une cabane de garde forestier dans les forêts du sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal.  Il y est parti avec une liste d’objets, de nourriture et de livres digne d’un roman de Jack London et ses journées étaient étonnantes à chaque instant entre la pêche à travers la glace, les randonnées, le bois à couper, les visites surprises de quelques amis. Je n’ai pas seulement admiré cet homme face à la solitude et volontaire un peu fou pour se les geler par moins 30 mais j’ai beaucoup ri, quand il se biture à tout alcool bon à avaler et qu’il divague alors entre amour perdue et considérations philosophico-ethyliques.géographie de l'instant

Dans Géographie de l’instant, Sylvain Tesson restitue les bloc-notes qu’il a rédigés pour le magazine Grands Reportages et divers journaux entre 2006 et 2012. Ces formes brèves lui ont permis d’aborder un tas de sujets qui lui tenaient à cœur : la disparition de la biodiversité dans les campagnes françaises,  la montée en puissance des religions dans ce qu’elles ont de plus fanatique, l’excision des femmes qui se poursuit, en France aussi. Avec son style alerte, aux mots aiguisés, il lance une pensée et la rattrape, c’est politique, poétique, géographique, historique, tantôt le ton est grave, tantôt léger, toujours juste, l’auteur ne triche pas avec nous, il nous livre ce qu’il a pensé, peu importe que l’on soit d’accord ou choqué.

Et j’avoue, je suis tombée amoureuse de ces dernières lignes qui sont une ode à la lecture : Lire rend beau dit Sylvain. « Suis-je aveuglé par ma passion ? Il m’a toujours semblé que les filles qui lisaient dans les trains étaient les plus jolies. » Terminant par une pointe d’humour : « Lire, c’est la plus élégante manière de pratiquer la politique de l’autruche. »

Petit traité sur l’immensité du monde, Editions des Equateurs, 2005
Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2011
Géographie de l’instant,  Editions des Equateurs, 2012

Sandra.

Parker – Richard Stark (adaptation Darwyn Cooke)

ParkerParker est un gros dur, cambrioleur, froid, calculateur et malin. Et pourtant, il s’est fait roulé comme un bleu par sa femme et et un ses associés. Il n’a plus qu’un seul but: remettre la main sur ses 40 000 dollars. Et personne n’a intérêt à se mettre en travers de son chemin.

Le personnage de Parker, d’abord héros de polars, a été créé par Donald E. Westlake (alias Richard Stark), prolifique auteur de romans noirs, thrillers et de SF. Il est ici adapté en BD par Darwyn Cooke, scénariste et dessinateur de comics tout aussi prolifique (The spirit, Spiderman, Batman, etc.).

Parker nous plonge dans l’Amérique corrompue et sous l’emprise d’une énorme mafia (« L’orgparker2anisation ») où les femmes en superbes tailleurs et talons hauts ne sont bien entendu que des traitresses (ou des secrétaires) et les hommes que des pourris rongés par l’ambition, le pouvoir et l’argent.

Cette adaptation est une grande réussite. La simplicité des couleurs (bleu pour le 1er tome, rouge et jaune pour les tomes suivants) et la prédominance du noir renforce l’atmosphère sombre de cette chasse à l’homme (aux hommes devrais-je dire).

 Une excellente BD noire.

Parker3A noter que Parker a souvent été adapté en film, dont Mise à sac d’Alain Cavalier (1967) ou Payback de Brian Helgeland avec Mel Gibson. Il le sera à nouveau dans quelques semaines avec la sortie de Parker, film de Taylor Hackford. Je n’ai vu que les bandes annonces de Payback et Parker, mais je peux vous dire que les films me semblent bien moins bons que la BD. Le Parker bédéien, lui, est un mâle, un vrai.

Parker, T.1: Le chasseur de Richard Stark, adapté par Darwyn Cooke et traduit par Tonino Benacquista, Dargaud, 2010

Rien ne se passe comme prévu – Laurent Binet

rien_ne_se_passe_comme_prévu   Je ne suis pas sûre d’arriver au meilleur moment pour présenter ce livre… Mais faisons fi de toute l’actualité nauséabonde de ces derniers jours et prenons ce livre pour ce qu’il est: un documentaire très subjectif d’un auteur, ancien professeur en ZEP, qu’est Laurent Binet.

Son souhait de départ: suivre un candidat à l’élection présidentielle. Sa propre sensibilité politique le pousse à choisir un candidat de gauche. Parce qu’il connait de très loin Valérie Trierweiler, il est autorisé à suivre François Hollande. Des semaines précédents sa victoire aux primaires socialistes à celle à la présidence de la République, nous suivons donc les coulisses d’une élection. On en apprend un peu sur l’entourage du futur président, sur les petites manigances, sur le stress de cette campagne sans fin (un an et des brouettes!). Mais finalement, on en apprend peu sur le personnage central de ce roman/documentaire. François Hollande ne semble pas se révéler facilement, même à ses « amis » politiques.

Très facile à lire, prenant et très intéressant (et même drôle!), mais peut-être un peu trop superficiel.

Rien ne se passe comme prévu de Laurent Binet, éditions Grasset, 2012.

Cécile.

La vérité sur l’affaire Harry Québert – Joël Dicker

harry quebertMarcus Goldman est un jeune écrivain, qui a connu un grand succès avec son premier roman, deux ans auparavant. Son éditeur le presse de lui remettre un second roman, mais Marcus est paralysé par la peur de la page blanche et n’arrive plus à écrire…

C’est alors qu’un affaire vient secouer  l’Amérique toute entière : le corps d’une jeune fille de 15 ans disparue 30 ans plus tôt, Nola Kellergan, est retrouvé dans le jardin d’Harry Québert, auteur reconnu, ancien professeur et ami de Marcus. Ce dernier quitte alors New-York pour aller soutenir Harry, et décide rapidement de mener sa propre enquête pour découvrir qui a assassiné Nola, et innocenter ainsi son mentor. Ce qui ne va pas être facile, puisqu’on apprend rapidement qu’Harry, une trentaine d’années à l’époque, était tombé éperdument amoureux de Nola, et que le manuscrit du roman d’Harry a été retrouvé avec le cadavre de Nola…

J’ai dévoré avec beaucoup de plaisir ce roman très addictif, en suivant les découvertes de Marcus et les nombreux rebondissements de son enquête, jusqu’à la toute fin du roman! Les personnages sont très vivants, bien campés, de la mère de Marcus à son éditeur, en passant bien sur par Nola, que l’on découvre peu à peu… Un vrai coup de cœur.

La vérité sur l’affaire Harry Québert est le lauréat 2012 du prix Goncourt des lycéens et du Grand prix du roman de l’Académie française.

La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker, éditions de Fallois / L’age d’homme, 2012, 663 p.

So.

Un peu de bois et d’acier – Chabouté

UN PEU DE BOIS ET D ACIER.pdfPour moi, cette BD est une prouesse : plus de 300 pages en noir et blanc, sans aucun texte,autour d’un seul objet, un banc public. Et une foule d’histoires et d’émotions…

Des gens se croisent autour de ce banc, des scènes se jouent : un couple de personnages âgées qui vient partager une pâtisserie, un SDF et le gardien du parc qui jouent au chat et à la souris, une lectrice de Barbara Cartland… Il y a des moments drôles, poétiques, émouvants… Il en faut du talent pour capter tout ces petits instants, et les raconter de cette façon!

Un peu de bois et d’acier, de Chabouté, éditions Glénat, collection Vent d’ouest, 327 p., 2012.

So.

Cul de sac – Richard Thompson

cul de sac« Préface de Mo Willems, élu meilleur auteur de livres pour enfants par le New York Times ». Mo Willems, l’auteur des Guili Lapin… Je suis faible, j’avoue, cette phrase sur la couverture a suffi pour que j’emprunte cette BD.

Et je ne l’ai pas regretté. Dans sa (très drôle) préface, donc, Mo Willems dit ceci : « Tout dessinateur digne de ce nom sait qu’après les Peanuts de Schulz et le Calvin et Hobbes de Watterson, il ne reste rien de nouveau à faire en bande dessinée sur les gamins de banlieue. Tous sauf M.Thompson, semble-t-il, qui parvient à renouveler le genre en associant une colérique précoce et un misanthrope paranoïaque, dans un monde surréel parfaitement crédible. Grr… »

Tout est dit. La colérique précoce, c’est Alice, la petite fille qui danse sur une bouche d’égout. Le misanthrope paranoïaque, c’est Petey, son grand frère, le rouquin plongé dans sa BD. Et c’est génial! J’ai ri comme pas souvent devant une BD…

Et en plus, Jeux d’enfants est un tome 2. Il existe donc un tome 1! Il s’appelle Sortie de secours, et est paru en 2010… Il y a 3 ans! Mais comment j’ai pu passer à côté pendant si longtemps?

Cul de sac, tome 2 : Jeux d’enfants, de Richard Thompson, traduit par Anne Capuron. Edité par Delcourt, 2012, 127 p.

So.