Et devant moi, le monde – Joyce Maynard

Et devant moi le monde Joyce MaynardComme beaucoup, j’ai lu L’attrape Coeur de J. D. Salinger. Mais contrairement à beaucoup (ça reste quand même à prouver!), ce court roman ne m’a pas bouleversé. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, à m’intéresser à ce jeune garçon, Holden, qui, dans mes (très vagues) souvenirs est complètement paumé et vit des dizaines de choses en une seule nuit.

Le rapport entre J.D. Salinger et Joyce Maynard? Ils ont longuement correspondu et à peine sortie de l’adolescence elle a fuit Yale et une route toute tracée pour vivre avec lui.

Mais revenons un peu en arrière. Les Maynard ont deux enfants: Joyce et Rona. Le père est un peintre sans succès, professeur de littérature. La mère se rêvait enseignante dans les grandes universités américaines, mais la réalité sexiste de son époque la relègue à la maison comme journaliste dans les revues féminines. Là où les parents ont échoués, leurs enfants réussiront. Les deux sœurs sont constamment stimulées pour devenir de grandes intellectuelles. Très jeunes,  les deux soeurs remportent des prix d’écriture et publient dans les journaux. C’est ainsi que Joyce Maynard, en 1972, en première année à Yale publie dans le New York Times magazine un article sur la jeunesse américaine du début des années 70 intitulé: An 18 year old looks back on life.

Après la publication de l’article, elle reçoit des centaines de lettres d’insultes, mais aussi de compliments. Parmi ces dernières, figurent celle de J. D. Salinger, auteur de L’attrape coeur (1951), homme étrange qui vit reclus à Cornish dans le New Hampshire. Commence alors un échange épistolaire entre Joyce, adolescente fragile mais ambitieuse et Salinger, homme de 55 ans, légèrement paranoïaque et manipulateur. Pour lui, Joyce Maynard va abandonner l’université, se réfugier chez lui et se couper peu à peu du monde. Quelques mois plus tard, Salinger la met brutalement, à la porte.

On ne peut pas dire que Joyce Maynard ait eu une enfance ou une adolescence banale. Bien au contraire. Mais sa vie d’adulte non plus n’est pas des plus réjouissantes. Bref, cette biographie n’a rien de gaie. Et pourtant, il en ressort quelque chose de très positif. Elle pose un regard apaisé sur son passé. Le parcours de cette femme m’a particulièrement touchée. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Surement parce qu’elle est touchante, que son écriture est fluide, sans pathos. Il y a également, en arrière plan, la description de cette jeunesse américaine désabusée, prises entre le carcan familial traditionnel et sa volonté d’en sortir.

Et pour finir, il y a le titre français: « Et devant moi, le monde » que je trouve (stupidement?) magnifique. Il décrit tout à fait la manière dont je vois l’avenir. En espérant que le mien soit moins sombre que celui de Joyce Maynard.

Et devant moi le monde de Joyce Maynard aux éditions Philippe Rey

Cécile

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Pourquoi être heureux quand on peut être normal? – Jeanette Winterson

pourquoi être heureux...Il y a ce titre, d’abord, qui m’est longtemps resté en tête, entre le moment où je l’ai entendu pour la première fois jusqu’à ce que je réussisse à mettre la main sur ce livre.

Puis l’écriture, très forte, qui m’a surprise au début : je m’attendais à un roman et non à ce récit autobiographique. Jeanette Winterson raconte son enfance, dans le nord industriel de l’Angleterre, enfant abandonnée et adoptée par une famille pentecôtiste, une femme incapable de relations sociales et un homme effacé. Elle raconte sa rage, sa difficulté de grandir dans ce milieu dénué d’amour, l’enfant en colère qu’elle était, et aussi sa découverte des mots et des livres. Elle raconte aussi son attirance pour les femmes, violemment réprouvée par sa mère qui la fera exorciser. Adulte, elle raconte encore ses difficultés à se sentir chez elle, ses difficultés dans ses relations aux autres, sa recherche de sa mère adoptive…

Elle raconte mais apporte aussi des réflexions, des questionnements… C’est une lecture qui m’a remuée, touché, wah!! Et qui m’a donné envie de lire ses autres livres…

So.

Pourquoi être heureux quand on peut être normal, de Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Céline Leroy,  éditions de l’Olivier, mai 2012.