La quête d’Ewilan – Pierre Bottero

Bottero, j’en avais beaucoup entendu parler, et beaucoup en bien, mais je n’avais jamais ouvert un de ses bouquins. (Enfin si, j’avais lu Le chant du troll, et j’avais pas du tout accroché!). Et puis, en préparant un accueil de classe sur le thème »garçons-filles », je suis tombée sur cette bibliographie, réalisée par la BDP du Lot et Garonne. Bibliographie passionnante, très fouillée, qui donne envie de lire plein de romans, et, p.38-40, ceux de Bottero :

« L’œuvre de Pierre Bottero occupe à cet égard une place emblématique tant il est naturel pour lui que la femme soit traitée en égale de l’homme, libre de choisir son destin truffé d’obstacles qu’elle surmonte, et ce grâce à une grande intelligence, beaucoup de sensibilité et de charisme. »

Et un peu plus loin : « A la question de savoir si Gwendalavir est un double inversé de notre monde pour les relations hommes-femmes, il répondait : «  J’aime imaginer Gwendalavir comme un monde où les hommes et les femmes vivent une véritable égalité. Une égalité de fait et de conscience, si évidente qu’elle n’a besoin d’aucune lutte ou revendication pour exister. Pas un double inversé donc mais une projection oxygénante de notre monde dans un avenir qu’il nous reste à construire. »

La quête d'Ewilan J’ai plongé dans le premier tome de La quête d’Ewilan, puis dans les 2 autres tomes de la trilogie, puis dans les deux trilogies qui suivent, Les Mondes d’Ewilan et Le Pacte des Marchombres. Une adolescente ordinaire plongée dans un monde parallèle, où elle découvre ses pouvoirs, une mission à accomplir pour sauver le monde, des amis fidèles, des histoires d’amour, de nombreux rebondissements, des dialogues percutants… Des ingrédients ordinaires, mais ça fonctionne à merveille, c’est ultra prenant. J’ai compris l’enthousiasme de ses fans!

Bref, après un mois à m’enfiler les romans de Bottero (et bien après la rencontre avec les collégiens), j’ai repensé à la représentation des hommes et des femmes dans ses romans. Alors oui, le personnage principal des deux premières trilogies est une fille, Ewilan, comme Ellana l’est dans Le Pacte des Marchombres. Ewilan grâce à son don (l’art du dessin), Ellana grâce à un entrainement intensif luttent à armes égales avec les hommes, de même que Siam la guerrière. Ellana insiste auprès d’Ewilan sur l’importance de ne pas dépendre des hommes, de ne pas les laisser prendre de décisions à leur place.

Mais. On est loin de la parité, il y a quand même beaucoup d’hommes autour d’elles (Salim, Edwin, Bjorn, Artis, Maniel, Duom, Chiam Vite….).

Les femmes, si elles ne sont pas de redoutables guerrières, risquent partout les mauvaises rencontres, drague lourde, viols etc, ce qui contredit quand même l’idée de Gwendalavir comme monde où hommes et femmes vivent une véritable égalité. (Bon, les hommes risquent aussi de se faire tuer et détrousser, les temps sont durs à Gwendalavir en cette époque trouble).

La première mission d’Ewilan n’est pas de sauver le monde, mais d’aller chercher son frère pour qu’il s’en charge.

Quand (attention spoil!) Ellana a un bébé, on ne voit pas du tout le papa s’en occuper, il continue de vaquer à ses occupations (oui, il doit sauver le monde, mais Ellana aussi, non?), loin d’eux.

Quand Jilano, le maitre marchombre d’Ellana, lui apprend que son propre maitre était une femme, Ellana est surprise…

Alors ça n’enlève rien à la qualité de ses romans, ni au plaisir de lire des romans avec des héroïnes intelligentes, déterminées et autonomes. Je trouve juste qu’on est pas encore à la véritable égalité hommes-femmes promise par la bibliographie, même si on est sur le bon chemin!

Les trilogies La quête d’Ewilan, Les Mondes d’Ewilan et Le Pacte des Marchombres, de Pierre Bottero, éditions Rageot.

So.

Sylvain Tesson en 3 récits

 Je suis liée à SPetit traité sur l'immensité du mondeylvain Tesson depuis 8 années et je dois avouer que c’est le seul auteur vivant qui me donne cette joie de lire sur une si longue période. Je l’ai découvert avec Petit traité sur l’immensité du monde, et moi qui voyageait encore beaucoup en avion à l’époque pour  découvrir de nouveaux horizons  je me suis sentie toute drôle en lisant cet homme, de ma génération, parisien de naissance, qui écrit ce qu’il vit, la marche lente à travers une région, des montagnes, un désert. Certes il prend parfois le train, le cheval ou le vélo pour se déplacer mais ce sont surtout ses jambes qu’il actionne et son cœur qu’il met au rythme de ses escalades pour avancer sur une terre qu’il aime. Il évoque dans ce petit traité l’image du Wanderer chère à Goethe, celui « que nul lien n’attache, capable de répondre à l’appel du dehors sans accorder uDans les forets de Sibérien regard à ce qu’il abandonne ».

Pour me consoler de ne pas réussir à tout abandonner, j’ai lu son récit de six mois passés dans une cabane de garde forestier dans les forêts du sud de la Sibérie, sur les bords du lac Baïkal.  Il y est parti avec une liste d’objets, de nourriture et de livres digne d’un roman de Jack London et ses journées étaient étonnantes à chaque instant entre la pêche à travers la glace, les randonnées, le bois à couper, les visites surprises de quelques amis. Je n’ai pas seulement admiré cet homme face à la solitude et volontaire un peu fou pour se les geler par moins 30 mais j’ai beaucoup ri, quand il se biture à tout alcool bon à avaler et qu’il divague alors entre amour perdue et considérations philosophico-ethyliques.géographie de l'instant

Dans Géographie de l’instant, Sylvain Tesson restitue les bloc-notes qu’il a rédigés pour le magazine Grands Reportages et divers journaux entre 2006 et 2012. Ces formes brèves lui ont permis d’aborder un tas de sujets qui lui tenaient à cœur : la disparition de la biodiversité dans les campagnes françaises,  la montée en puissance des religions dans ce qu’elles ont de plus fanatique, l’excision des femmes qui se poursuit, en France aussi. Avec son style alerte, aux mots aiguisés, il lance une pensée et la rattrape, c’est politique, poétique, géographique, historique, tantôt le ton est grave, tantôt léger, toujours juste, l’auteur ne triche pas avec nous, il nous livre ce qu’il a pensé, peu importe que l’on soit d’accord ou choqué.

Et j’avoue, je suis tombée amoureuse de ces dernières lignes qui sont une ode à la lecture : Lire rend beau dit Sylvain. « Suis-je aveuglé par ma passion ? Il m’a toujours semblé que les filles qui lisaient dans les trains étaient les plus jolies. » Terminant par une pointe d’humour : « Lire, c’est la plus élégante manière de pratiquer la politique de l’autruche. »

Petit traité sur l’immensité du monde, Editions des Equateurs, 2005
Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, 2011
Géographie de l’instant,  Editions des Equateurs, 2012

Sandra.

La balade de Yaya – Jean-Marie Omont et Golo Zhao

la balade de yayaChine, 1937. Yaya, jeune fille d’une riche famille, est impatiente de passer son concours de piano. Mais c’est la guerre, et tout est chamboulé : ses parents décident de partir pour Hong Kong. Malgré tout, Yaya, accompagnée de son oiseau Pipo, quitte la maison en cachette pour aller passer son concours, traversant Shanghai sous les bombardements.

C’est Tuduo, enfant des rues, qui la trouve au milieu des décombres. Tuduo, qui gagne un peu d’argent avec ses numéros d’acrobate, est recherché par Zhu, qui l’exploite et de chez qui il vient de s’enfuir. Tuduo et Yaya vont alors commencer un voyage, à la recherche des parents de Yaya…

Une très belle histoire d’aventure et d’amitié, à hauteur d’enfant, dans le contexte difficile de la guerre sino-japonaise. Les thèmes abordés sont graves mais le ton n’est jamais grave. Les dessins de Golo Zhao sont très lisibles, colorés et apportent beaucoup de charme aux aventures de Yaya, Tuduo et Pipo. A lire dès 8-9 ans, et après!

6 tomes de cette BD sont déjà parus, 6 tomes très courts (et très frustrants!), dans un joli format à l’italienne. Deux intégrales sont aussi parues, réunissant 3 tomes chacune, qui ont le mérite d’être un peu plus consistantes…

La balade de Yaya, scénario de Jean-Marie Omont, dessins de Golo Zhao, sur une idée originale de Patrick Marty, éditions Fei.

So.

La grande Odalisque – Bastien Vivès, Jérôme Mulot, Florent Ruppert

la grande odalisqueMéfiez-vous sous le vernis à ongle se cachent de grandes voleuses!

Alex et Carole sont de grandes voleuses, très réputées dans le milieu. Après un vol réussi au musée d’Orsay, elle s’attaque à beaucoup plus gros: La Grande Odalisque d’Ingres au musée du Louvre. Pour arriver à leur fin, elles doivent s’associer à Sam pour pouvoir pénétrer dans un des musées les mieux gardés au monde. Leur vie professionnelle est bien remplie et pourtant, les jeunes filles doivent aussi compter sur leur vie personnelle bien compliquée: comment gérer une rupture en plein cambriolage par exemple?!

Les fans de Cat’s Eye remarqueront bien vite la ressemblance entre nos trois voleuses et les trois sœurs du manga/animé japonais. Humour plutôt similaire, mais morale beaucoup moins présente. Ici, les trois jeunes filles cambriolent pour le plaisir, certes, mais surtout pour l’argent.

On reconnait bien le trait de Vivès avec ses personnages aux visages si expressifs, je découvre par contre Mulot et Ruppert. Et la question que je me pose: qui a peint ces magnifiques planches représentants le Musée du Louvre ou le Musée d’Orsay?

C’est un album agréable à lire, drôle, mais pas non plus un gros coup de cœur.

Le meilleur Vivès reste pour moi Dans mes yeux (KSTR, 2009), et puis c’est tout!

Pour info, La grande Odalisque fait parti de la sélection du 40e festival de la bande dessinée d’Angoulême.

La grande Odalisque de Bastien Vivès, Jérôme Mulot et Florent Ruppert paru aux éditions Dupuis dans la collection Aire Libre en septembre 2012.

Les orphelines d’Abbey Road, t.1: Le diable vert – Audren

les orphelines d'abbey road-AudrenJoy, Prudence, Margarita et Ginger s’ennuient dans l’orphelinat d’Abbey Road, tenu par des sœurs plutôt sévères; les jeunes filles n’ont pour seules occupations que de laver les sols, travailler, obéir, prier et remercier le petit Jésus et Lady Bartropp, la bienfaitrice de l’orphelinat.

Alors parfois, pour sortir de leur quotidien morose, les jeunes filles s’aventurent dans les recoins de l’abbaye. Un soir, Prudence (qui aurait mieux fait de s’appeler intrépide) se lance seule, dans l’exploration des caves. Le lendemain, elle est méconnaissable, silencieuse et choquée. Les jours passent et son état de santé s’aggrave. Ses amis enquêtent pour savoir ce que peuvent bien receler les sous-sols de l’abbaye et peut-être ainsi parvenir à sauver leur amie.

Coup de cœur d’une des librairies que je fréquente, attirée par la jolie couverture, intriguée par la 4ème de couverture qui promettait un roman fantastique, au côté vieille Angleterre (les noms des personnages principaux laissent pense que l’action se situe en Grande Bretagne), j’étais pressée de lire ce roman d’Audren dont je n’avais rien lu jusqu’alors. Grande fut la déception. Le début est lent, la fin trop rapide (Le « Je suis ta mèèèère! » bâclé en 10 lignes) et entre les deux, c’est mou. Je me suis ennuyée. La mayonnaise ne prend pas (sur moi), impossible de m’imagine déambuler dans cet orphelinat avec les jeunes filles. Dommage.

Les orphelines d’Abbey Road, t.1: Le diable vert d’Audren, paru en septembre 2012 aux éditions de l’École des loisirs.