Au ventre du monde – Gilles Barraqué

au ventre du mondeGros coup de cœur pour ce roman dépaysant, conseillé par une collègue!

Nous sommes sur une île qui pourrait être (nous dit l’auteur en intro) « une île de l’archipel des Marquises, aux temps lointains, bien avant l’arrivée de l’homme blanc ». Paohétama a 23 saisons (11ans et demi), elle est élevée par son grand-père, ses parents étant décédés quand elle était petite, dans des circonstances qu’on ne lui a pas vraiment expliquées. Son grand père est maître de la pêche, il se fait vieux et n’a pas d’héritier à qui transmettre son savoir. Car Paohétama est une fille, et « les femmes sont tapu sur les pirogues ».

Mais le grand- père est malin, et arrive à convaincre le chef et le sorcier du village de considérer Paohétama comme un garçon. Elle devient donc fille-garçon : cheveux rasés, elle doit se comporter comme un garçon, et peut accompagner son grand père à la pêche!

Une rencontre va contraindre son grand père à arrêter de pêcher. Commence alors une longue quête pour Paohétama, qui va la mener au Ventre du Monde, lieu sacré d’où le monde est né, et chez le peuple des hommes-cochons, ennemis héréditaires des habitants de Notre Terre.

Raconté par Paohétama, cette histoire se lit comme un conte initiatique lumineux, baigné de légendes et de culture polynésienne. Un très très beau roman… Il me reste juste une question en le refermant : Paohétama a-t-elle pu continuer à pêcher?

Au Ventre du Monde de Gilles Barraqué, L’école des loisirs, 2012.

So.

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La vraie couleur de la vanille – Sophie Chérer

la vraie couleur de la vanilleTout a commencé (enfin, mon intérêt pour ce livre) en décembre dernier, au salon du livre de Montreuil, quand Sandra a eu une belle dédicace de Sophie Chérer dans Ma Dolto, et qu’une autre copine venue acheter L’huile d’olive ne meurt jamais est repartie avec La vraie couleur de la vanille. Et avec cette question qu’elle nous a posée, et que l’on retrouve dans son roman : c’est de quelle couleur, pour vous, la vanille?

C’est l’histoire d’Edmond que Sophie Chérer nous raconte, sa vision de l’histoire en tout cas, reconstituée à partir du peu d’éléments historiques existants. Nous sommes sur l’île Bourbon, avant qu’elle devienne l’île de la Réunion, avant l’abolition de l’esclavage, au milieu du 19è siècle.

Feréol Bellier Beaumont, botaniste blanc, recueille l’enfant d’une esclave morte en couche. Ignorant les remarques de la bonne société de l’île, il le baptise Edmond, l’élève comme le ferait un père (ou presque), lui apprend la botanique. Et alors que les meilleurs botanistes du monde cherchent en vain une méthode pour féconder la fleur de vanille (fécondation qui se produit très rarement dans la nature), Edmond découvre comment faire. Mais il est noir, c’est un esclave, un enfant… Personne n’est prêt à lui accorder le bénéfice de cette découverte, qui va enrichir tous les propriétaires de l’île, et même Ferréol ne va le défendre que très mollement…

C’est une histoire vraie assez incroyable, dont les épisodes imaginés par Sophie Chérer sont très crédibles. Les personnages d’Edmond et de Feréol sont intéressants, surtout Feréol d’ailleurs, très partagé, ambigu. Le contexte est bien rendu également, j’étais à la Réunion dans les champs de canne à sucre… J’ai moins aimé la deuxième partie du roman, forcément plus sombre,où l’on ressent avec force l’injustice faite à Edmond – mais c’est parce que j’aime les histoires qui finissent bien!

Un autre livre a été consacré à cette histoire, Couleur vanille par Béatrice Nicodème, aux éditions Oskar, que je n’ai pas lu.

l'huile d'olive ne meurt jamaisma doltoLe roman que je préfère le plus de Sophie Chérer reste L’huile d’olive ne meurt jamais, une très belle histoire d’amour, de mafia et de courage… Et Ma Dolto, Sandra, ça donne quoi?

La vraie couleur de la vanille, de Sophie Chérer, collection Médium à L’école des loisirs, 2012.

So.

Omakayas – Louise Erdrich

omakayasC’est en faisant du pilon dans les rayons de la bibliothèque que je suis tombée sur Omakayas et Le jeu du silence, qui lui fait suite, de Louise Erdrich. J’avais découvert Louise Erdrich l’année dernière avec Le jeu des ombres, un roman adulte que j’avais adoré, dans lequel une femme découvre que son mari lit son journal intime, et décide alors de le manipuler à travers ce qu’elle y écrit… J’étais donc curieuse de découvrir ses romans jeunesse.

Omakayas raconte la vie d’Omakayas (« Petite Grenouille »), petite fille de 7 hivers, et de sa famille pendant une année, dans le nord de l’Amérique. On découvre leur vie très liée à la nature, leurs déménagements au fil des saisons, la difficulté de passer l’hiver très rude, leurs croyances, les travaux quotidiens (tannage, couture, chasse, récolte…), il y a un coté ethnologue qui est passionnant. L’utilisation de nombreux mots ojibwé renforce également le sentiment d’immersion dans cette communauté.

C’est aussi très vivant, on est plongés dans le quotidien de la famille, les relations entre les différents membres de la communauté… Ainsi que les rapports avec les Blancs, qui sont de plus en plus présents. Les personnages sont forts, bien campés. Omakayas particulièrement est très attachante, vive et réfléchie, et porteuse d’un secret qu’elle découvrira à la fin du roman.

le jeu du silenceL’intrigue du roman Le jeu du silence se situe deux ans plus tard, et son ton est plus sombre : les Blancs ont publié un ordre d’évacuation, poussant les ojibwé à se déplacer à l’Ouest, territoire d’une communauté ennemie. Le ton reste cependant lumineux, plein d’espoir.

Louise Erdrich est américaine, de mère ojibwé, et elle est (d’après Wikipédia) une figure de la renaissance de la littérature amérindienne. Elle s’est inspirée de l’histoire de sa famille pour écrire ces deux romans. Publiés dans la collection Médium, ces romans peuvent être lus dès 10-12 ans, mais aussi, bien sûr, par tout adulte curieux de cette culture…

Omakayas et Le jeu du silence de Louise Erdrich, éditions L’école des loisirs, collection Médium, 2002 et 2008.

So.